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On m’a piqué ma téléNougaro est mort lui aussi
Avec ses tuiles bleues, et sa ville rose,
Sa lo-co-mo
Ti-veu
D’or
Et tou-te-sa dic-ti-on
son sourire et ses dents.
La joie du dire, du rire, et du chanté.
J’ai eu les miennes aussi (les tuiles),
en montant sur le toit mes trois filles, toutes petites encore,
l’une encore en fauteuil, et l’autre en couches culottes, au couché du soleil,
pour admirer cette toiture saumonée que j ‘avais reconstruite,
pour la beauté du geste,autour des innombrables cheminées du paquebot tout droit sortie des ronces,faite d’un merveilleux enchevêtrement de petits modules moulés sur la cuisse avec ce petit défaut du genou qui les rends unique bien que toutes pareilles et dont la couleur change avec leur histoire et la lumière du jour.
« Es tu une tuile du dessous que l’on a mise en dessus et retournée enfin pour donner cette jolie teinte blanchâtre faite de chaux de poussière et de toiles d’araignées ? »
« Es tu une tuile du dessus un peu noire avec tes petits trous et ta mousse que l’on va mettre en dessous même si ta forme n’est pas vraiment la bonne ? »
Tuiles de gironde,
Tuiles de bordeaux,
Bordeaux,
bord de l’eau,
Bordel,
C’est un mot que j’aime bien ,
même si je ne l’utilise que dans le langage parlé ou écrit,
Violent et tendre à la fois,
Bordel,
Des vielles « dames »
Habitaient la maison
Avant nous….
Bord de l’eau,
Bordeaux,
Pas ville rose,
Ville noire,
Pierres noires,
Pierres fauves,
dorées,
impasses,
andronnes,
Rue andronne,
Le port de la lune,
La lune,
Et les étoiles,
Toujours pareil ,
Cyrano et don quichotte et Jacques Brel et Prévert et les autres,
mes compagnons.
On avait une drôle d’image, dans ce petit village, sauvage.
Entourés de vignes et de chasseurs embusqués,
noyés dans les ruines,
les acacias,les ronces, les couleuvres, les salamandres, les hérissons, et les petits lapins.
Il fallait beaucoup s’aimer et nous c’était le cas.
Le père a dit
« tu ne pouvais pas trouver pire »
Le frère a dit
« pire, tu ne pouvais pas trouver »
Le beau père a dit
« pas trouver pire, tu ne pouvais »
Chacun son regard, chacun sa motivation.
Le premier pour son aura,
le deuxième pour ses chaussures,
le troisième pour son portefeuille.
Mais les autres ?
Les autres nous regardaient avec un œil tendre, interloqués peut être un peu.
Evidemment ça avait commencé bien avant,
dans le carnet d’adresse de certains ou de certaine, plutôt,
une en particulier disparue prématurément ou je figurais à la lettre H
H ?
Henri IV,
Hugo,
Hector,
Harley Davidson,
haltérophile,
hérisson ?
Non, non.
Alors quoi ?
« HOMME DES BOIS »
A vous donc,
ceux qui nous on vu, soutenu, regardé simplement,
curiosité aimable, douceur sans amertume, sans critique et sans haine,
dans notre précipitation à vivre et à survivre,
contre vents et marées,
dans la poussière et dans le froid,
et maintenant dans le soleil d’été qui s’en va sur l’hiver,
sur un front dégarnis ou s’amoncelle encore la crainte du lendemain.
Ça n’en finira jamais !
Ben non pourquoi ?
C’est pas ça la vie ?
Toujours en mouvement ?
C’est justement ça,
Le mouvement,
La vie c’est le mouvement,
La marche en avant.
Un pas t’amène à l’autre.
Tu tombes et te relèves.
Tu marches jusqu’au bout.
Et au bout tu passes le relais,
et les autres le prennent
et recommencent à marcher
Dans tes pas dans tes traces.
Alors des ruines est sortie un long cordon de paradis.
Repoussées un peu les ronces.
La maison serpente et s’enrichie d’elle même,
comme une locomotive, qui trace sa route dans la forêt sauvage,
Comme un paquebot fendant la mer de ronces,
au jour le jour,
pierre à pierre,
portes à portes.
Pas beaucoup de portes justement
Mais beaucoup de lumière.
Espace et lumière.
Merveille du déplacement dans la variation de la lumière.
Ombre et lumière.
Lumière du matin n’arrête pas le pèlerin.
Lumière du soir espoir.
Fraîcheur d’été sous le tilleul.
Chaleur d’hiver dans le foyer.
Contes autour du feu.
Feu autour du conte.
Variété des lieux .
« C’est vivant chez toi. »
Il aurait pu dire :
« c’est le bordel chez toi »
Non.
Plus gentil .
Constructif.
La vie quoi !
Tout ça à la force des mains et des bras.
Tout ça fruit de l’effort.
Un peu épuisé maintenant.
Mais le regard intact.
Pays de nantis,
qui me donne encore le droit de rêver, de poétiser la vie, de la rendre regardable,
La mienne en tout cas.
Et voilà.
Petit mieux un jour me fait dire confort mérité.
Petit caprice du soir.
Petit objet inutile.
Je rentre une fois dans la consommation, son piège, son coté pervers, l’envie,
La jalousie,
Plein de petits défauts,
L’égoïsme, c’est à moi,
Et là-bas les enfants crèvent.
Mais chez nous,
L’envie n’est que l’envie, plus le besoin,
Je prends ce dont j’ai envie.
C’est normal.
Nouvelle idée.
Monde nouveau.
Pas le mien .
Je découvre.
C’est qui ?
C’est les « djeuns » dit le gendarme, les nouveaux « djeuns » !
Par la fenêtre ouverte ,
Sur un bois tout vert,
Eclairé par le soleil du matin,
Un joli jour de printemps,
On m’a piqué ma télé !
Anecdote infinitésimale d’un monde en décomposition.
J’avais un vieux poste de radio, un poste à transistor, un transistor,
un machin qui diffuse de la musique et des histoires.
Ce poste avait une histoire, étant déjà très vieux, une histoire et une âme,
une forme aussi, pas poste à galène mais presque, un peu jaune, naissance du plastique. Métaphysique.
Pendant mes soirées solitaires et laborieuses, dans mes ruines sentant le moisi et le xylophène,couché à même le sol dans un duvet récupéré d’un ancien voyageur égaré, j’écoutais des émissions qui n’avaient plus cour depuis des lustres, les émissions que ma grand mère écoutait quand j’étais petit et qui revivaient par le truchement de cet objet hétéroclite.
Quand je rentrais à la maison de mes enfants,je leur racontais, à mon tour,
des histoires retenues dans mon demi sommeil comme des histoires inventées
Elles écoutaient, ravies, ces choses étranges et farfelues d’un autre age,les derniers échos des « maîtres du mystère ».
Je l’ai jeté un jour, épuisé qu’il était,de ne pouvoir continuer à me transmettre ses légendes, autrement qu’au travers grésillant d’un murmure essoufflé.
Pourquoi tout ça ?
Ce poste de télé qu’on m’a piqué, lui aussi, bien que tout neuf était plein des émissions que je regardais déjà.
Et si ils savaient ce qu’il contient, d’histoires et de sagesse, juste une fois regardées, que l’appareil le leur dise, comme le vieux poste à travers les ages.
Peut être qu’ils deviendraient à leur tour, bien plus sages.
Je leur donnerai, bien volontiers, alors, l’objet, simplement, pour la gloire.